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Les FSR préparent un massacre imminent à El-Obeid

01/07/2026 - par Equipe - Actualités au Soudan

El-Obeid, principale ville du Nord-Kordofan, est assiégée par les FSR depuis des semaines. Le siège menace plus de 600 000 habitants et des centaines de milliers de déplacé·es. Sa chute redéfinirait l'équilibre des forces. Un nouvel "El-Fasher" se prépare, mais le monde détourne les yeux.

Chars des FSR
Les Forces de soutien rapide (FSR) semblent se préparer à assiéger El-Obeid, la capitale stratégique de l'État du Nord-Kordofan. (Crédits : Ayin Network)

 

La ville d'El-Obeid, principale agglomération du Nord-Kordofan, est assiégée depuis plusieurs semaines par les Forces de soutien rapide (FSR). Elles bombardent quotidiennement la ville, ciblant des zones fréquentées par les civil·es et faisant des dizaines de mort·es et de blessé·es. Selon des rapports, les FSR auraient déplacé des combattants, dont un grand nombre de mercenaires venus du Soudan du Sud, du Tchad, de la Centrafrique et de Colombie, depuis le Darfour vers El-Obeid, dans l'optique de mener une attaque imminente sur la ville.

Devant une maison touchée par une frappe de drone à El-Obeid.

Devant une maison touchée par une frappe de drone à El-Obeid. (Crédits : El Tayeb Siddig/Reuters)

Les civil·es et déplacé·es ciblé·es par les FSR

El-Obeid accueille des centaines de milliers de déplacé·es venus du Kordofan-Occidental, du Sud-Kordofan et du Darfour, en plus de ses habitant·es, dont le nombre dépasse les 600 000. Des bombardements quotidiens visent des zones de rassemblement civil, notamment les marchés et les infrastructures de services. Le siège, depuis plusieurs mois, a donc plongé la ville dans une grave crise économique, aggravant une situation humanitaire déjà très précaire. Les FSR mènent depuis plusieurs mois des attaques terrestres et par drones dans les villages autour de la ville, faisant des dizaines de morts.

Parmi ces attaques, les FSR ont frappé un cortège funèbre, tuant quatre personnes et en blessant plusieurs autres au cimetière de Dalil (le 10 juin) ; une station-service (le 10 juin) ; des maisons dans les quartiers d'Al-Muwazzafeen et d'Al-Matar (secteur de l'aéroport), ainsi que dans les zones autour du quartier général de la 5e Division d'infanterie de l'armée soudanaise, faisant treize morts parmi les civil·es (le 11 juin); et un camion transportant des denrées alimentaires à l'entrée sud de la ville, tuant le conducteur (le 11 juin), parmi d'autres cibles civiles.

Carte des personnes déplacé·es au Soudan et aux pays qui l'entourent.

El-Obeid accueille des centaines de milliers de déplacé·es venus du Kordofan-Occidental, du Sud-Kordofan et du Darfour. (Courrier International)

À la suite des frappes de drones et des rumeurs circulant sur les réseaux sociaux concernant une attaque imminente des FSR, des habitant·es ont commencé à fuir la ville. Les craintes d’une répétition du scénario d’El-Fasher s’intensifient.

El-Fasher a été assiégée pendant plus d'un an et demi par les FSR avant de tomber sous leur contrôle. Les organisations de la société civile avaient alerté pendant des mois sur la famine qui régnait dans la ville et le danger de mort dans lequel se trouvaient les habitant•es, sans que leur appel ne soit écouté par les médias internationaux. La prise de la ville par la milice FSR en octobre 2025 s'est accompagnée de massacres et de tueries de masse contre les habitant·es, parmi les pires atrocités commises depuis le début de la guerre. On estime qu'en à peine quelques jours plus de 60 000 personnes ont été tuées. Les images des bourreaux filmant en live leurs massacres ont alors fait prendre conscience au monde entier de l'atrocité des méthodes des FSR.

Depuis la chute d'El-Fasher, qui à permis à la milice de contrôler l'ensemble du Darfour, le front de la guerre entre les FSR et les forces armées soudanaises (SAF) s'est déplacé vers l'est, vers la région du Kordofan, qui a été soumise depuis plus de six mois à des attaques et des bombardements continus.

El-Obeid : les enjeux stratégiques d’une ville clé

Carte de Soudan

El-Obeid est situé au carrefour des principaux axes reliant le centre à l'ouest du Soudan. (BBC)

Carte de la route reliant Kosti à El-Obeid et des points de fortification situés à proximité.

Carte de la route reliant Kosti à El-Obeid et des points de fortification situés à proximité. (Clément Molin)

El-Obeid occupe une position stratégique majeure, et sa prise redéfinirait l’équilibre des forces sur le terrain. Elle est située à la croisée de plusieurs axes routiers essentiels reliant le centre à l'ouest du Soudan. Depuis que l'armée a réussi à lever le premier siège et à reprendre le contrôle de la ville au début de l'année dernière, la ville est devenue un centre logistique et militaire majeur pour les forces armées et les unités qui les soutiennent.

Aujourd’hui, El-Obeid constitue le principal centre de commandement et de coordination de l'armée pour une future contre-offensive visant à reprendre le Darfour aux FSR. Elle abrite le commandement de la cinquième division d'infanterie. La milice cherche à s'emparer de cette ville-clé afin de couper les lignes d'approvisionnement de l'armée vers le Sud-Kordofan et l'État du Nil Bleu, deux théâtres d'intenses opérations militaires ces derniers mois. Elles espèrent également compromettre les plans de l'armée qui cherche à mener une contre-offensive en direction du Darfour.

Carte du contrôle territorial du Soudan au 27 avril 2026.

Carte du contrôle territorial du Soudan au 27 avril 2026. (Crédits : Sudan’s Post)

Vue satellite de la base aérienne d’El-Obeid.

Vue satellite de la base aérienne d’El-Obeid, prise le 18 avril 2023, montrant une piste et des installations militaires entourées de zones urbaines. (Crédits : AFP)

Le contrôle d’El-Obeid permettrait aux FSR de se redéployer dans les régions du centre, notamment au Sennar et dans l'État de Gezira, qu’elles avaient quittées au début de l’année dernière. Cette avancée pourrait ouvrir la voie à une progression vers Khartoum, la capitale, relativement proche. Si elles succédaient, cela mettrait en péril l'ensemble du pays, alors même que l'État soudanais à commencé à réinstaller ses administrations à Khartoum après la reprise de la capitale par l’armée au printemps 2025.

Le contrôle d’El-Obeid ouvrirait également la voie à une expansion des FSR vers le nord et l’est, notamment en direction d’Al-Dabba et de Merowe des zones proches de la frontière soudano-égyptienne, ainsi que de Port-Soudan, ville portuaire sur la mer Rouge où le gouvernement et le commandement militaire soudanais ont établi leur centre de fonctionnement depuis le début de la guerre. La prise d'El-Obeid constituerait ainsi un retournement stratégique en faveur des FSR qui pourrait à nouveau plonger l'ensemble du pays dans le chaos.

Un siège qui menace la sécurité alimentaire du Soudan

Marché d’El-Obeid

Marché d’El-Obeid. (Crédits : Sudan Memory, Western Sudan Community Museums)

Proche de l'État de Gezira, une région fertile considérée comme le grenier du Soudan, El-Obeid abrite l'un des plus grands marchés de produits agricoles et de bétail du Soudan. La ville est également connue comme la capitale de la zone de production de la gomme arabique. El-Obeid constitue donc un important centre de commerce et d'exportation des ressources agricoles, essentiel pour la sécurité alimentaire du pays. Ce marché risque d'être perturbé en cas de prise de la ville par les FSR, car de nombreux commerçants pourraient être contraints de partir, par crainte des vols et des pillages, comme cela s'est déjà produit par le passé dans d'autres villes.

Le siège d’El-Obeid aggrave la famine à laquelle le Soudan fait face. Selon l’ONU, environ 20 millions de Soudanais·es, soit plus de 40 % de la population, sont confrontés à une faim aiguë, et le pays subit la plus grande crise humanitaire au monde.

Les habitant•es d'El-Obeid sont confronté•es à une pénurie d'eau potable, à des coupures d'électricité et à une pénurie de carburant.

Les habitant•es d'El-Obeid sont confronté•es à une pénurie d'eau potable, à des coupures d'électricité et à une pénurie de carburant. (Crédits : Ayin Network)

En imposant un siège prolongé à El-Obeid, en aggravant les conditions de vie dans la ville. et en épuisant les capacités de l'armée, notamment par la coupure des lignes d'approvisionnement militaire, la milice FSR cherche à provoquer un affaiblissement progressif des forces armées afin d'imposer leur contrôle administratif, militaire et politique au Darfour et au Kordofan.

Ce scénario dramatique est probable, compte tenu des informations qui continuent d'affluer de la ville, des messages et avertissements diffusés par les FSR, et de la stratégie qu'elles semblent adopter pour s'en emparer.

Ainsi, un nouvel “El-Fasher” est en train de se préparer à El-Obeid, depuis déjà des semaines voire des mois. Comme dans les semaines qui ont précédé les massacres d'El-Fasher, le monde détourne les yeux. Pourtant, les Soudanais•es dans le monde entier alertent sur les réseaux sociaux sur l'imminence des attaques. Est-ce qu'une fois encore, il faudra attendre que les massacres annoncés aient lieu pour qu'une réaction internationale se fasse entendre ? Tout semble bien organisé pour qu'une fois de plus, les vies soudanaises soient sacrifiées par l’inaction complice du système médiatique et des acteur•ices politiques international•es.

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Article réalisé collectivement par les membres de Sudfa Media.

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