« Eh, ils t'ont acheté combien, pour faire couler le sang ? ». Aujourd'hui, une chanson de Ayman Mao, musicien et lyriciste de la révolution soudanaise. Un message adressé au général Al-Burhan, à l'armée et aux milices, et à tous ceux qui, avant eux, ont pris le pouvoir par le sang.

Comme on l'a vu dans d'autres articles, la chanson a joué un grand rôle dans la contestation populaire et l'histoire politique du Soudan, avec des chanteurs mythiques des différentes révolutions et soulèvements, parmi eux Mohamed Wardi (https://www.sudfa-media.com/article/wardi-les-cles-du-pays), Mohammed Al-Amin, mais aussi des chanteurs de l'exil et de la nostalgie dans un pays en souffrance, comme Sharhabil Ahmed (https://www.sudfa-media.com/article/sharhabil-ahmed-jazz) et Mustafa Said Ahmed (https://www.sudfa-media.com/article/mustapha-said-ahmed). En fait, l'histoire de la chanson soudanaise est un répertoire de chansons de révolution, de colère et d'exil, qui ont accompagné les transformations et événements politiques du pays.
La nouvelle génération a elle aussi ses légendes, dans des genres très différents. Parmi ces chanteurs, il y a Ayman Mao, qui a inventé le reggae soudanais : il chante en arabe soudanais, autour de thèmes politiques, sur des rythmes et des mélodies inspirées de Jamaïque et de Bob Marley. Il revendique une appartenance panafricaine et une identité soudanaise africaine, dans un pays où le gouvernement et les élites ont tout fait, depuis la fin de la colonisation, pour imposer une identité unique arabe et musulmane, au mépris de la diversité ethnique, linguistique et religieuse du pays.

Portrait d'Ayman Mao dans le clip "Non à la dictature". / Nous ne possédons pas les droits de cette image.
Né à Khartoum, il fonde un premier groupe de musique à l'université, où il est également un militant actif. Harcelé par les services de sécurité et acculé dans un pays où il ne voit aucun avenir artistique, il choisit de quitter le Soudan en 2009, et part pour les Etats-Unis. Commence alors de longues années d'exil, il rejoint d'autres chanteurs en exil, comme le chanteur et producteur Nas Jota. Ayman Mao s'est fait connaître en 2013, avec sa chanson "Non à la dictature" (voir ici (https://www.youtube.com/watch?v=4P0qhpfZe6Q)), fruit d'une collaboration avec les artistes Sadiq et Mista D, et produit par Nas Jota, qui fait écho à l'énorme mouvement populaire de septembre 2013, parti d'un mouvement étudiant, durement réprimé (des centaines de morts).
Il produit aussi quelques années plus tard la chanson "Kizan", qui vise le gouvernement d'Al-Bashir et tous ceux qui le soutiennent (voir ici (https://www.youtube.com/watch?v=Fq0xxHV_zpU)).
Sa chanson "Dam" (Sang) est devenu un des hymnes de la révolution de décembre 2018, et est encore, en ce moment même, entonnée et diffusée lors des manifestations, au Soudan comme à l'étranger. Lors du sit-in d'avril 2019 devant le Quartier Général du Ministère des Armées (https://www.sudfa-media.com/article/en-direct-al-qyada), ses amis et camarades organisent sa venue surprise, après des années d'exil, il apparait sur une scène improvisée sur la place, devant une foule d'un million de personnes, où il fait son premier concert dans le pays. Il entonne alors sa chanson "Dam" (Sang), et la foule, hurle, après chaque couplet, "thawra" ("Révolution !") (voir le live du concert ici (https://www.facebook.com/watch/live/?ref=watch_permalink&v=412482562634689)).

Portrait d'Ayman Mao lors de son concert sur la place d'Al Qyada. / Nous ne possédons pas les droits de cette image.
L'équipe de Sudfa s'est mise au travail pour en traduire les paroles. Bonne lecture !
Pour écouter la chanson, c'est ici : https://www.youtube.com/watch?v=nDQllhhFLb8 (https://www.youtube.com/watch?v=nDQllhhFLb8) COUPLET 1 - Ils tirent à balles réelles, Mais ils disent que les balles font rien, Les Janjawids [Forces de Soutien Rapide, une milice paramilitaire] C'est eux les vrais criminels ! - Ils disent que notre cause, C'est une cause de rêveurs et de drogués Ils disent qu'on est qu'une bande de délinquants [des fauteurs de trouble] Mais nous, on a du style, on s'abaisse pas à ça [shaffata]. - On n'a pas d'armes, Dans notre main, on n'a que des briques, Et on vise la corruption, on vise les pistons, On vise le traitre de notre quartier, Qui fait des rapports sur nous comme les pires commères. REFRAIN Eh, ils te paient combien, pour faire couler le sang ? Hein, ils t'ont acheté combien, pour faire couler le sang ? COUPLET 2 - Ils ont balancé des balles, ils ont balancé des lacrymogènes, Ils ont rassemblé tous les traîtres, Et nous, comme les lions au milieu de l'arène [la place, référence à la place d'Al-Qyada] On sort pour libérer le Soudan ! - On est sortis des maisons, on est sortis de chez nous, Pas pour l'essence, ni pour les prix, On est sortis pour obtenir justice ! Contre le commerce de la religion [instrumentalisation de la religion] Qui a tué les révolutionnaires. REFRAIN Eh, ils te paient combien, pour faire couler le sang ? Hein, ils t'ont acheté combien, pour faire couler le sang ? COUPLET 3 On ne reculera pas On ne lâchera pas On ne fuira pas On ne récapitulera pas On ne se brisera pas On ne vous laissera jamais tranquilles On ne sera pas vos victimes.

Ayman Mao en concert. / Nous ne possédons pas les droits de cette image.
Nous appelons aussi à rejoindre les prochains rassemblements pour soutenir la révolution soudanaise, contre le coup d'état militaire. Non au retour en arrière !
> RDV samedi 13/11 pour des rassemblements partout en France.
PARIS : 15h, Place de la République. Discussions de 10h à 13h à la Cantine Syrienne de Montreuil, dans le cadre du festival "Les Peuples Veulent". LYON : 13h, Place Bellecour. MARSEILLE : 13h, Métro Réformés Cannebière.

Carte des villes de mobilisation prévues le samedi 13 novembre. / par Nasredin Gladeema, RAS-LYON.


Avec This Jungo Life, le cinéaste David Fedele offre plus qu'un récit sur l'exil : il donne une plongée rare dans un univers social caché, celui des Jungo, ces jeunes migrants soudanais coincés à Rabat, aux frontières de l'Europe, après avoir quitté l'horreur de la guerre. Ce film questionne autant le statut migratoire, les types d'entraide en contexte de grande pauvreté et l'aptitude humaine à tenir bon grâce à la création, la discussion et l'espoir.

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